D
ans les mythes fondateurs de la superpuissance états-unienne, sont souvent mis de côté les premiers habitants de ce continent, certains ayant pourtant contribué à l'établissement de cet état sur leur terre. C'est le cas de Sacagawea, Amérindienne de la tribu des Shoshones, vivant sur les Grandes Plaines.  

Elle vit le jour en 1788, dans ce qui est aujourd'hui l'Idaho, alors que la toute jeune nation états-unienne ne s'étend que sur la côte Est. Lorsqu'elle a une douzaine d'années, elle est kidnappée par une tribu rivale, puis vendue à un trappeur québécois, Toussaint Charbonneau, qui fera d’elle sa femme (ou plutôt l'une de ses femmes)... Son existence va de nouveau être bouleversée à l'hiver 1804-1805, le jour où les capitaines Meriwether Lewis et William Clark font la rencontre du trappeur. Les deux hommes sont mandatés par le président Thomas Jefferson afin de trouver une route vers le Grand Ouest sauvage, encore méconnu. Il s'agit d'évaluer le territoire fraîchement acquis, mais également d'atteindre la côte ouest du continent. Ils vont ainsi remonter le fleuve Missouri jusqu'à atteindre l'Oregon. Toussaint est embarqué dans l'expédition en qualité d'interprète : il connaît la langue autochtone parlée par le peuple sioux. Sacagawea se joint à eux, pour sa connaissance du langage shoshone. C'est finalement cette dernière qui s'illustra tout au long de cette épopée.

En effet, elle fut d'un grand secours pour les hommes de Lewis et Clark grâce à sa connaissance des territoires arpentés, parfois hostiles. Son courage fut d'autant plus salué qu'elle donna naissance à son fils au tout début du périple avec le corps expéditionnaire. Elle le porta sur son dos durant tout le voyage. Malgré cela, elle réussit à sauver des flots les cahiers de notes des deux capitaines, entre autres biens, lors d'une excursion sur une rivière portant désormais son nom. Elle fut également d'un grand renfort lors de rencontres avec des tribus indiennes, de par ses talents d'interprète. Elle permit, par ailleurs, aux hommes de l'expédition de s'alimenter dans des conditions difficiles, en leur montrant qu'il était possible de se nourrir de certaines plantes. De plus, ayant déjà appréhendé certains espaces, elle indiqua à plusieurs reprises d'astucieux passages, à l'orée de la rivière Yellowstone, ou du passage délicat des Rocheuses, par exemple.

Son apport fut largement reconnu par les deux explorateurs américains, notamment dans leurs notes, et l'histoire aura retenu son nom tant son aide fut précieuse. La fin de sa vie est plus mystérieuse. Il est dit qu'elle et son époux vécurent trois ans parmi les amérindiens Hidatsa, puis rejoignirent William Clark dans le Missouri. Toutefois, un doute subsiste quant à sa mort. Certains historiens affirment qu'elle s'éteignit en 1812, et que son époux succomba peu de temps après, laissant la garde de leurs enfants à Clark. Mais d'autres prétendent qu'elle retourna finalement parmi les siens et mourut bien plus tard, en 1884. En tout cas, son nom est désormais gravé dans l'histoire d'une nation qui a pourtant eu tendance à omettre ceux des premiers occupants de ses terres. 
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Rédigé par Kãman Messaadi
Illustré par Eloïse Coussy
Article à retrouver dans le Biche Magazine n°3, rubrique “Queen Biche, l’historique” page 10