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epuis peu, la culture drag queen vit un succès sans précédent au-delà de la communauté LGBT. D’une part, grâce à l’émission de télé-réalité RuPaul’s drag race diffusée depuis 2009 et présentée par la plus célèbre des drag, la Mother of all, RuPaul Charles. Une quinzaine de drag queens s’y affrontent dans des défilés à thème, des épreuves de play-back, ou des parodies de célébrités, pour obtenir le Graal utlime : être élue la prochaine superstar americaine du drag. C’est joyeux, c’est too much, c’est piquant et plein de répliques cultes. Et le programme a permis à un public plus divers de comprendre les dessous de l’art du drag, en étant témoin des transformations impressionnantes des candidates.

Une culture devenue plus mainstream et dont l’esthétique se retrouve dans les tendances récentes. à l’image par exemple des sœurs Kardashian qui capitalisent sur une exacerbation de la féminité, dans laquelle on retrouve beaucoup de traits drag : perruques, contouring à outrance (une technique pour affiner ses traits), hanches exagérées, tenues folles, poses travaillées..  Mais quand on pense drag queen, on pense d’abord show à paillettes, talons de 15cm en taille 45 et perruques flashy. C’est loin d’être faux, mais c’est plus que ça. Être drag queen, c’est jouer avec la notion de genre et explorer la féminité. Les attraits féminins sont alors surjoués, exagérés, glamourisés au possible non pas pour moquer la femme mais pour la célébrer. L’art du drag est militant et crie que le genre est une construction sociale. Mais qu’en est-il des femmes dans cette communauté ?
Quand elles se sont à leur tour emparées de l’art du drag au début des années 90, elles ont d’abord utilisé la carte à l’inverse : elles se travestissent au masculin et deviennent des drag kings, avec fausses barbes de trois jours, roulage de mécaniques et pénis en coton. La démarche est la même, choisir un personnage et se jouer des attraits assimilés au genre le temps d’une performance. Mais l’effet final semble différent. Quand les drag queens deviennent des créatures extravagantes et hilarantes, les drag kings tendent à ressembler à des « hommes ordinaires » facilement confondables. Les qualités de transformation sont cependant aussi impressionnantes. Malgré plusieurs noms français comme Louise de Ville et Victor Lemaure, l’art des drag kings est bien moins compris car moins assimilé à l’aspect festif du drag et peine à se faire connaître. Mais une autre partie de la gente féminine a voulu briser encore un peu plus les codes binaires en se créant des personnages de drag queens. Des femmes, dans des personnages de femmes. Au sein de la communauté, cette démarche n’est pas toujours acceptée et provoque des scissions : certains s’accrochent à des règles qui dicteraient que tu peux uniquement te travestir dans le genre inverse de ce que tu as entre les jambes. Mais le drag, c’est avant tout l’art de se transformer, d’incarner un personnage, de divertir, de briser les préconceptions, de se célébrer. Pourquoi mettre des barrières à un art aussi libérateur ?

Ces femmes qui se travestissent se jouent des notions qu’on leur a rabâché pendant toute leur enfance « les filles sont délicates, gentilles, discrètes » et elles prennent le contre-pied avec des personnages exubérants et colorés qui leur donnent le pouvoir sur leur féminité et l’image qu’elles choisissent de renvoyer. Elles partagent avec les drag hommes les mêmes faux cils, contouring et tenues moulantes, mais c’est en regardant la forme d’une mâchoire ou d’un torse que l’on peut distinguer qui se cache vraiment derrière le fond de teint. Mais est-ce que ça compte réellement ?

Les transformations des femmes drag sont tout autant spectaculaires et les personnages aussi riches. Dans notre société infestée de diktats, c’est leur façon de s’approprier leur corps et de défendre leur droit d’être femme, à leur manière. Victoria Sin, Tete Bang, Creme Fatale ou encore Amber Cadaverous, sont des figures de cette communauté et valent vraiment le coup d’œil.

Femmes et hommes ont alors la place de créer ensemble dans cette esprit de show et de célébration qui leur est propre.
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Rédigé par Marion Le Guenic
Illustré par SHE’S ANGRY
Article à retrouver dans le Biche Magazine n°1, rubrique “Physique Chimie” page 22.