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ar le Gang ne donne pas que la parole aux meufs, découvrez le témoignage de Gilles :

Salut, je m’appelle Gilles et j’ai testé une contraception destinée aux hommes ! J’ai nommé, le slip chauffant...

Commençons par la base. La température du corps est de 37,5°C. Celle des testicules est de 35°C puisque ces dernières sont situées dans le scrotum. Cela permet à la spermatogenèse de se faire sans soucis. Or à la température du corps, les spermatozoïdes sont moins nombreux et moins performants. En partant de ce constat, le Docteur Mieusset du CHU de Toulouse a conçu un sous-vêtement contraceptif. C’est un slip avec un trou pour y mettre son pénis. On tire un peu sur la peau des testicules ce qui fait remonter les bourses à l’intérieur. Il faut le porter tous les jours, du lever au coucher, pour qu’il soit efficient. En principe, au bout de 3 mois, après un spermogramme, on sait si on est non-fertile (c’est évidemment temporaire).

Un de mes amis l’utilise depuis 4 ans et ça fonctionne pour lui, alors ça m'a motivé à tenter aussi l'expérience. Comme tout ce qui est inconnu, ça fait peur mais je me suis dit qu’en me mettant à la CT (contraception thermique), je pourrais participer à la création de données, en parler autour de moi et faire un peu avancer la science. Je l’ai également fait dans une volonté de partage des responsabilités. Qui, dans la société, porte le poids de nos progénitures ? Au sein d’un couple, lorsqu’on cherche à passer à une contraception plus durable et plus « agréable » dans nos rapports, on pense spontanément à la pilule, puis éventuellement aux autres moyens (stérilet, patch…). Tous sont destinés aux femmes. En utilisant la CT, j’aimerais juste replacer la contraception dans nos discussions. Quelle contraception veut-on dans notre couple ?

Les contraceptions hormonales pour hommes sont en test mais elles révèlent les mêmes effets secondaires que pour les femmes… En revanche, je ne connais pas de risques liés à la CT. Il faudrait voir si au bout de plusieurs années, le seuil de fertilité revient toujours aussi vite.
Porter le slip a été pour moi comme porter de nouvelles chaussures, il faut s’y habituer. Il faut aussi y penser tous les jours. Au bout de deux semaines, j’avais pris le réflexe. C’est uniquement lorsque j’ai arrêté que j’ai pris conscience du temps que ça me prenait.

J’ai porté le slip pendant 1 an. Après un premier spermogramme pour connaître mon seuil de fertilité « normal », un nouveau test fut réalisé au bout de 3 mois. J’étais passé de 300 millions de spermatozoïdes mobiles à 17 millions, la descente fut drastique, mais pas suffisante puisque le seuil de non-fertilité se situe en-dessous d’un million. J’ai ensuite refait des tests au cours de l’année mais je suis resté autour de 3 millions : ce n’était donc pas assez concluant pour que cette contraception soit efficace dans mon cas. À la demande du Docteur Mieusset, j’ai mis mon expérience sur pause. Je pense avoir compris d'où venait le problème : il faut juste réajuster quelques coutures du slip ! Après ces modifications, je retournerai voir le médecin pour tenter de nouveau l’expérience.

Si cette contraception est encore peu connue, j’imagine que c’est en partie parce qu’elle touche à la masculinité et à la virilité. Comment peut-on être un homme si on est incapable de procréer ? Est-ce que cela joue sur notre capacité érectile (comprendre « puissance » dans une société patriarcale viriliste) ? En connaissance de cause, je peux répondre que non.

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Rédigé par Gilles
Article à retrouver dans le Biche Magazine n°2, rubrique "Thérapie de groupe", page 22.