À la naissance, tous les bébés sont assignés par défaut à un genre, féminin ou masculin, en fonction de leurs organes génitaux apparents. Pourtant, il est possible de se sentir en complète contradiction avec celui-ci. Quel rapport entretient-on alors avec son corps ? Bien au-delà des complexes, ce sont des vraies réflexions sur l’identité et le genre qui peuvent venir chambouler toute une vie. Lea a dû parcourir un chemin fastidieux entre questionnements et démarches médicales pour pour devenir la femme qu’elle est aujourd’hui.


Je suis née assignée garçon il y a 28 ans. J’ai toujours été timide, anxieuse et mal à l’aise en grandissant. À l’âge de 16 ans, j’ai fait mon « coming out gay » et c’est là que j’ai commencé à voir ma relation avec mon corps changer. Évidemment, j’avais déjà remarqué peu avant cela que ma carrure était étrangement imposante et que mon visage avait été envahi d’une barbe dont, déjà à l’époque, je me serais bien passée. Les relations avec les garçons étaient toujours étranges et stressantes car je me retrouvais à devoir être masculin dans ce corps un peu bâtard, des poils à des endroits non désirés mais aussi un torse pas vraiment plat et des hanches déjà prononcées. 

Vers 21 ans, j’ai commencé à sortir en boite de nuit habillée en femme comme un loisir et j’ai vite compris que ce regard que les gens posaient sur moi était celui que j’aurai toujours voulu ressentir. Après des mois de questionnement, une tentative de suicide et tant de rendez-vous médicaux, j’ai enfin commencé, le 13 août 2013, ma transition médicale afin d’aligner mon corps avec mon esprit et devenir aux yeux du monde la femme que j’ai toujours été, Lea. 

Chaque jour, elle était un peu plus présente quand je me regardais dans le miroir, même si j’avais parfois l’impression de la voir moins clairement que d’autres. Je vous laisse imaginer toutes les années que j’ai passé, perdue, sans aucune idée des différences qu’il pouvait y avoir entre le sexe biologique, l’identité de genre, l’expression de genre et l’orientation sexuelle. Car il n’y a, en effet, aucun rapport entre ce que l’on peut avoir entre les jambes, le genre dans lequel on se reconnaît et celui de ceux ou celles avec qui l’on partage son lit. C’est à cette époque j’ai rencontré celui qui est maintenant mon mari et dans son regard, j’ai trouvé la première validation de mon identité de genre et un amour inconditionnel qui m’a portée durant ces six dernières années. 

Rapidement, les hormones ont fait leur travail, ma seconde puberté s’est enclenchée et les changements sont arrivés. Les graisses se sont réparties de façon différente et harmonieuse au niveau du corps et du visage, ma poitrine s’est développée, ma peau adoucie, mes cheveux ont poussé rapidement et des séances d’épilation au laser ont effacé ce que j’avais en trop sur le visage. Au bout de deux ans, j’ai décidé d’effectuer une augmentation mammaire qui me semblait nécessaire afin de m’approprier ce nouveau corps encore un peu plus. Comme tous mes choix, celui-ci est totalement personnel car c’est la seule chose qui compte pour se trouver belle à travers ses propres yeux du lever au coucher. 


Je ne m’étalerai pas plus sur les procédures auxquelles j’ai eu recours ou non car elles ne concernent que moi, mon mari et mes médecins. Il faut comprendre qu’une femme trans ne se résume pas à un avant/après, c’est le voyage physique et émotionnel d’une vie entière. Il y a autant de corps que de femmes qu’elles soient trans ou non. Nous sommes toutes des femmes biologiques, certaines ont une poitrine et d’autres pas, certaines ont un pénis et d’autres, non. 


La vie n’est pas rose tous les jours et s’accepter est un travail long et douloureux, vous le savez toutes. Je vis la paperasse interminable, les traitements à prendre à vie, les regards et les moqueries. Bien trop souvent, j’ai dû, et cela arrive encore parfois, me faire violence pour sortir de chez moi. Le comportement des gens est destructeur et il m’arrive souvent de détester le monde entier. Mais qui blâmer dans une société où les femmes comme moi sont représentées comme un divertissement à sensation ou un fétichisme de site porno ? 


Si j’ai accepté cette opportunité de m’exprimer, c’est pour contribuer, à ma petite échelle, à la représentation des femmes Transgenres d’une façon autre : nos corps sont peut-être différents mais ils sont beaux et méritent d’être vus et célébrés. Nos histoires font partie des plus belles qui sont à raconter et personne ne peut les partager mieux que nous. En bientôt 6 ans, les hormones, une maladie de la thyroïde et beaucoup trop de pizzas m’ont fait prendre 30 kilos. Finalement, autant de complexes supplémentaires que de points positifs en ont découlé. Ma bouille est bien ronde, mes hanches plus larges, ma poitrine plus volumineuse et le jackpot, ma plus grande fierté, mes vergetures et ma cellulite. Certaines s’en arrachent les cheveux mais pour moi c’est une bénédiction, quoi de plus féminin ?! 




Je me suis souvent demandée si être trans était une bénédiction ou une malédiction : parfois ou même souvent, c'est un peu des deux. Mais je peux affirmer aujourd’hui que sans tout ce chemin parcouru, je n’aurai jamais eu une aussi bonne conscience de mon propre corps et de celui des femmes de façon générale, que ce soit dans l’espace public ou via sa représentation dans les médias classiques. évidemment soutenue par des concepts de la beauté étant binaires, misogynes, racistes et grossophobes… 


Ce n’est que le début de l’aventure pour moi et je nous souhaite à toutes de rester vigilantes, ouvertes, respectueuses et confiantes, de continuer d’apprendre chaque jour et de prôner un féminisme intersectionnel qui ne pourra que nous tirer vers le haut ! Gardez également à l’esprit que vous n’êtes pas que votre corps car vous avez tellement à offrir et essayez, si possible, d’éviter de suivre sur les réseaux sociaux de personnes qui vous refilent des complexes. J’espère que mes mots auront pu aider certaines de quelque façon que ce soit. Merci d’avoir pris le temps de me lire et merci aux proches qui m’ont toujours aimée et acceptée pour celle que je suis. 



Témoignage : Léa ♡
Biche magazine de mai "Cheeky boom" n°5
Rubrique : Physique Chimie